Traditions. Bénites ou maudites ? Dès sa naissance nous en sommes victimes; enfermés dans sa cage aux barreaux faits de promesses. Je suis tombé dedans il y a deux ans. J’ai signé un pacte ; une nuit à Paris. Depuis, chaque année je cours le risque de le briser ; de briser un mythe qui grandi d’hiver en hiver.
Tout commence à Bruxelles ; après-midi du 31 décembre 2006. Le plan pour ce soir m’excite tout autant que le climat dehors. Diner en famille, les douze raisins et puis direction le centre ville pour s’emmitoufler dans un bar où je dilapiderai la moitié de mon budget du mois pour m’aligner sur la monotonie du reste. Pas folichon comme perspective. Je suis affalé sur le sofa et vois comment les australiens, les thaïlandais, les indiens passent à l’an neuf. « J’aimerai bien le passer ailleurs, faire quelque chose que je ne puisse pas faire tous les week-ends ».
Un an plus tard, j’ai l’opportunité pour la première fois de passer le nouvel an ailleurs ; à Valence. Je saute sur l’occasion. Même si je ne me souviens de pas grand-chose, les photos me rappellent que ce soir là, je n’étais pas sur le territoire de Manneken Pis. Les mois passent et je me dis que je tomberai à nouveau dans la même monotonie l'année suivante. Jusqu’au moment où une étincelle se produit dans une tête française. "Et si on organisait le réveillon 2008 à Paris". Et c’est ce soir là que je signerai le pacte avec madame espace-temps. C’est décidé, je ne passerai jamais plus nouvel an dans une même ville. Suivant donc cette nouvelle loi anti-monotonie, l’année suivante -2009- c’est sous les 21° de Barcelone que nous célébrons l’an neuf. Mission accomplie. Mais je sens qu’au fil des années, l’entreprise sera de plus en plus difficile ; les destinations diminuent et les sofas sur lesquels somnoler s’estompent.
Le drame arrive 365 jours après. Après d’intenses négociations, aucun projet ne voit le jour pour le 31-2010. La viabilité des voyages s’évapore au rythme des augmentations des tarifs de Ryanair. La tradition est menacée dès sa cinquième année. Arrive début décembre et la perspective s’assombri. Arrive Noël et toujours rien.
Jusqu’à un soir, où depuis l’intérieur je lute contre le gel extérieur à coups de chocolats chaud. À la TV, une émission de voyages. Devant moi, un pc, une connexion, easyjet.com en « favoris ». Je clique, plus par ennui que par envie ; je tapote quelques destinations depuis Barcelone et tombe sur un super plan ! Liverpool : départ le 31 en fin d’après-midi, retour le 1er tôt le matin. Et tout s’emballe. Je me vois dans 50 ans, raconter à mes petits enfants que si papy saute dans un bus une fois par an, c’est pour perpétrer une tradition commencée à ses 20 ans. Je me vois dépenser 100€ dans un club barcelonais pour une soirée qui n’aura, comme valeur ajoutée par rapport à un samedi banal, que les cotillons en plus. Pour moins de la moitié, je peux sauter dans un avion ; m’envoyer un nouveau fix d’inconnu, une nouvelle dose d’excitation de ne pas savoir où je vais mettre les pieds. Douze heures qui changeront ma vie, ou qui ne la changeront pas, qui sait ? Et c’est cette dernière question qui vaut tous les kilomètres du monde.

Ça se trouve, je me terminerai seul face au Mersey et avec comme seule compagnie, les Beatles qui me souhaiteront la bonne année ; ou alors je passerai la meilleure nuit de ma vie. Certains disent que vivre avec peur c’est vivre à moitié ; je pense personnellement que vivre dans l’incertitude c’est vivre deux fois. En attendant, bonne année.
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Tout commence à Bruxelles ; après-midi du 31 décembre 2006. Le plan pour ce soir m’excite tout autant que le climat dehors. Diner en famille, les douze raisins et puis direction le centre ville pour s’emmitoufler dans un bar où je dilapiderai la moitié de mon budget du mois pour m’aligner sur la monotonie du reste. Pas folichon comme perspective. Je suis affalé sur le sofa et vois comment les australiens, les thaïlandais, les indiens passent à l’an neuf. « J’aimerai bien le passer ailleurs, faire quelque chose que je ne puisse pas faire tous les week-ends ».
Un an plus tard, j’ai l’opportunité pour la première fois de passer le nouvel an ailleurs ; à Valence. Je saute sur l’occasion. Même si je ne me souviens de pas grand-chose, les photos me rappellent que ce soir là, je n’étais pas sur le territoire de Manneken Pis. Les mois passent et je me dis que je tomberai à nouveau dans la même monotonie l'année suivante. Jusqu’au moment où une étincelle se produit dans une tête française. "Et si on organisait le réveillon 2008 à Paris". Et c’est ce soir là que je signerai le pacte avec madame espace-temps. C’est décidé, je ne passerai jamais plus nouvel an dans une même ville. Suivant donc cette nouvelle loi anti-monotonie, l’année suivante -2009- c’est sous les 21° de Barcelone que nous célébrons l’an neuf. Mission accomplie. Mais je sens qu’au fil des années, l’entreprise sera de plus en plus difficile ; les destinations diminuent et les sofas sur lesquels somnoler s’estompent.
Le drame arrive 365 jours après. Après d’intenses négociations, aucun projet ne voit le jour pour le 31-2010. La viabilité des voyages s’évapore au rythme des augmentations des tarifs de Ryanair. La tradition est menacée dès sa cinquième année. Arrive début décembre et la perspective s’assombri. Arrive Noël et toujours rien.
Jusqu’à un soir, où depuis l’intérieur je lute contre le gel extérieur à coups de chocolats chaud. À la TV, une émission de voyages. Devant moi, un pc, une connexion, easyjet.com en « favoris ». Je clique, plus par ennui que par envie ; je tapote quelques destinations depuis Barcelone et tombe sur un super plan ! Liverpool : départ le 31 en fin d’après-midi, retour le 1er tôt le matin. Et tout s’emballe. Je me vois dans 50 ans, raconter à mes petits enfants que si papy saute dans un bus une fois par an, c’est pour perpétrer une tradition commencée à ses 20 ans. Je me vois dépenser 100€ dans un club barcelonais pour une soirée qui n’aura, comme valeur ajoutée par rapport à un samedi banal, que les cotillons en plus. Pour moins de la moitié, je peux sauter dans un avion ; m’envoyer un nouveau fix d’inconnu, une nouvelle dose d’excitation de ne pas savoir où je vais mettre les pieds. Douze heures qui changeront ma vie, ou qui ne la changeront pas, qui sait ? Et c’est cette dernière question qui vaut tous les kilomètres du monde.

Ça se trouve, je me terminerai seul face au Mersey et avec comme seule compagnie, les Beatles qui me souhaiteront la bonne année ; ou alors je passerai la meilleure nuit de ma vie. Certains disent que vivre avec peur c’est vivre à moitié ; je pense personnellement que vivre dans l’incertitude c’est vivre deux fois. En attendant, bonne année.